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 Comme des Héros

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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Comme des Héros   Ven 10 Sep - 23:26

La Lune dans le ciel semblait énorme. Les étoiles étaient partout, brillantes comme jamais, et la voie lactée plus attirante que jamais, avec ses milliards d'étoiles qui vous narguaient, de là-haut, dans un ciel qui semblait de plus en plus doux, accueillant... L'espace était à portée de main, et pourtant si loin...
Il nous faut regarder la terre, à nouveau. Je sais, c'est dur, c'est beaucoup moins attirant, cela semble si futile et minuscule face au ciel... Et pourtant, faute de pouvoir rejoindre le ciel maintenant, nous devrons nous contenter de vivre dans cette cage qu'est la terre.

Le pensionnat était une ombre noire, à l'horizon, aussi accueillant qu'un cercueil, aussi glacé et rigide qu'un cadavre. Une silhouette qui découpait des formes bien tranchées, qui ne donnait pas envie d'y retourner.
Ils étaient un peu à l'écart. Non-loin de la forêt. Moins fascinante que le ciel, elle avait aussi son attrait. Il fallait du courage pour y aller et résister à l'atmosphère oppressante qui y régnait. Comme si la peur de mourir de chaque animal devenait contagieuse. Et peu à peu, la paranoïa s'installait. Quel loup allait sortir du bois ? N'étaient-ce point des yeux qui nous regardaient, là ? Ce craquement, venait-il vraiment de mes pas ? La paranoïa. L'instinct de survie. Aux yeux d'Esteban-Diego, c'était le vrai visage de la nature. Ce n'était pas ce monde paisible et lumineux raconté aux enfants, mais un monde cruel où faibles et forts ne connaissaient aucun répit.
Esteban aimait ce monde-là. Il aimait sentir le danger, autour de lui, et résister à la peur. La sentir compresser ses poumons. C'était une épreuve d'endurance mentale. C'était un plaisir masochiste.

Une fois sorti de la forêt, le sentiment de sécurité reprenant peu à peu le dessus, l'hispanique pouvait souffler enfin. Il était arrivé au bord du lac.
Les arbres formaient un grand demi-cercle autour. C'était un endroit presque intime, à cette heure-ci. Il n'y avait personne. Esteban était seul, face aux eaux calmes du Lac où se reflétait le ciel. L'endroit était baigné de cette lumière grise-bleue, douce, fraîche... Nocturne.
La monture d'Esteban longeait le bord du lac, calme, l'encolure basse, les yeux mi-clos. Sereine. Son pas régulier ne faisait aucun bruit, sur l'herbe. La trêve. Si dans l'horreur des bois ce duo avait eu la certitude d'un prédateur, ici ils avaient la certitude que nul ne viendrait s'exposer autant qu'eux. Du moins, personne avec pour intention de les manger. Alors... Ils avaient la nuit pour eux.
Esteban-Diego. Sa monture. La Lune. La Nuit. La solitude.
Une bénédiction, une libération. Devant les eaux du lac, Esteban pouvait songer librement...

C'était une silhouette noire. Un humain sur un cheval. Bref passage au galop. Retour au pas. Caresses à l'animal. Un cavalier, sans selle, qui levait le nez vers les étoiles. Il se croyait seul. Alors il se sentait bien.
Libre.
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 11 Sep - 5:57

Katrin se sentait minuscule dans la nuit fraiche de cette fin d'été, dans les montagnes autrichiennes. Il lui semblait que la lune et son plafond d'étoiles l'écrasait par leur munificence, figés dans un ciel rempli d'hostilité glacée, la broyant, elle, simple petite chrétienne des temps passés perdue au milieu de la nuit. L'espace semblait alors à portée de main, proche, trop proche, mais aussi lointain, comme un cauchemar sur le point de se dissiper...
Il nous faut regarder la terre, à nouveau. C'était si simple, d'oublier le ciel, pour se pencher sur le sol, matériel, tangible, ordonné. Perpétuel, comme la sagesse millénaire des petites gens, à l'inverse de cette voûte maléfique, en mouvement éternel, qu'était le ciel au-dessus de sa tête. Mais à défaut d'oublier tout à fait les cieux purs, chargés d'une menace sourde, elle profitait ardemment de vivre sur un sol bien solide, aux ailes immenses de plénitude libératrice qu'était la terre.

Le pensionnat était une ombre noire à l'horizon, espace merveilleux d'accueil et de sécurité, aussi douillet et chaud que devait l'être son ventre pour son enfant à naître. Une silhouette rassurante qui donnait envie d'y retourner, vite, pour se protéger du froid mordant.
Elles étaient un peu à l'écart, non loin de la forêt. Prolongement de la terre, elle aussi avait son attrait. C'était pour se rassurer qu'elle avait voulu y faire une promenade, alors qu'il faisait encore jour ; pour se rassurer au contact de l'atmosphère légère qui s'en dégageait. Comme si la vie débordante était contagieuse ! Et peu à peu, à mesure de son chemin, l'émerveillement se renouvelait : quel oiseau pépiait ainsi pour elle ? Quel jeune faon allait-elle croiser ? Ce craquement, ne venait-il pas de quelque animal inconnu, ivre de liberté, ivre de la joie d'être en vie ? Le débordement de la sève, l'accomplissement de la vie, finalement. Aux yeux de notre toute jeune Katrin Analht-Dessau, alias Brunhild Merringen, c'était le vrai visage de la nature. Ce n'était pas ce monde cruel où faibles et forts ne connaissaient aucun répit que dépeignaient certaines mauvaises langues blasées, c'était un monde pur, sans vilenie, sans bassesse, un espace lumineux, où la place de chacun était définie et harmonieuses, naturellement, dans l'ordre des choses.
Katrin aimait ce monde-là. Elle aimait sentir ce vivier, et en faire partie, comme un être revenu aux sensations primaires. Respirer de ses poumons prudents le riche parfum de l'humus et l'odeur exaltante de la sève. Parcourir la forêt n'était jamais une épreuve à ses yeux ; c'était un plaisir primal et simple, où, enceinte, elle communiait, dans un retour au source enivrant.

Une fois sortie de la forêt, un sentiment de lassitude l'avait gagné. Elle était arrivée au bord du lac, fatiguée de toutes ces émotions.
Les arbres faisaient un demi-cercle autour d'elle, bruissant de vent. C'était un endroit vraiment intime, où l'or du soleil se reflétait sur l'argent dépoli du lac agité de vaguelettes mousseuses. L'endroit était tout baigné de cette lumière dorée, vive, chaleur encore vive de cet après-midi estival.
La monture d'Esteban longeait le bord du lac, calme, l'encolure basse, les yeux mi-clos. Sereine. Son pas régulier ne faisait aucun bruit, sur l'herbe. Le prolongement de ces heures de ballades merveilleuses, pareilles à celles, insouciantes, où elle était encore chez elle, maitresse dans son palais, parmi ses femmes. Mais si dans les bois elle avait le sentiment que chaque arbre, chaque bête protégeait sa petite personne, elle et sa compagne avaient un sentiment étrange, ici, au bord du lac. Le sentiment d'être exposée à tous les vents, presque mise à nue par la nature, dépouillées de leur enveloppe d'être civilisé.
Un malaise qui allait s'agrandissant, une fatigue lourde et pesante. Devant les eaux du lac, sa dame de compagnie organisa une espèce de tente de son châle pour protéger sa maitresse du soleil, et les deux s'endormirent, du sommeil de l'épuisement nerveux.

Elles étaient deux silhouettes noires près d'un fourré. Bref passage de rêve, puis retour à la réalité. La nuit était tombée, et le premier regard de l'adolescente fut pour les étoiles qui l'impressionnèrent de leur intensité. Où était sa monture ? Elle n'était pas seule, car des sabots approchaient. Oh ! Il ne fallait pas affliger de ses peurs insensées sa camériste endormie ! Ce ne devait être que son poney... mais ce n'était pas son pas. Horreur. Terreur...
Recroquevillée dans son châle de laine, Katrin était totalement effrayée.

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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 11 Sep - 12:25

Un léger vent s'était levé. Il rendait le monde froid. Il ridait la surface de l'eau, comme l'aurait fait un enfant au jouant avec. Mais si l'eau se laissait faire sans broncher, ce n'était pas le cas d'Esteban-Diego qui jura mentalement. Pourquoi avait-il fallu que cet intrus vienne le forcer à remonter le col de son manteau pour ne pas le sentir s'emparer de sa gorge à la manière d'un baiser forcé ? Il haïssait cette sensation, mais ne pouvait se résoudre à rentrer au pensionnat tout de suite. Il n'était pas fatigué. Le froid n'était pas encore trop mordant pour l'y obliger.
L'hispanique soupira. Ce pays méritait la réputation que son pays lui attribuait. En catalogne, quand ils regardaient les étoiles, le vent était plus tendre. Il rafraichissait sans glacer. La catalogne était trop loin derrière Esteban à son goût. Fort heureusement, les étoiles étaient toujours là, protectrices, et toujours présentes... Pour le moment. Bah, quand il n'aurait plus les étoiles comme repères dans ce monde de... d'autriche... il s'en serait trouvé d'autres. Un camarade d'escrime, peut-être. Il avait intérêt à se faire des ennemis, sinon son séjour allait s'avérer ennuyeux. Avec un bon ennemi, il pourrait vite s'améliorer à l'épée. Et il avait intérêt à être un virtuose à la fin de l'année. Qui tolèrerait un général aux capacités moyennes ? Moins réjouissante était la perspective de s'entrainer aux nouvelles armes de distance. Viser n'était pas le fort de mon jeune homme qui préférait de loin le combat franc à mains nues ou à l'épée à la lâcheté d'un arc ou d'un revolver. Des armes de couards. Brrr...

Quel rapport avec les étoiles ? Aucun. Mais leur présence semblait calmer mon pauvre enfant. Habituellement, il gigotait bien plus. Là, il pouvait réfléchir sur le séjour à venir. Et ne souffrir du regard de personne. Mine de rien, Esteban trouvait pénible la présence d'autres gens, et le devoir de plaire. Tout ceci avait le don de l'angoisser inconsciemment.
Puis il sentit un regard, et détacha son regard du lac où il l'avait posé. Là, à côté d'eux, un cheval. Sellé. Esteban lui adressa un sourire doux et franc, celui qu'il réservait aux animaux et à certains enfants. Celui-là avait dû perdre son cavalier quelque part, raison de plus pour sourire. Allez, viens, bel animal....

Quand Esteban-Diego vint vers Katrin, c'était avec les rênes de sa monture en main, et de temps en temps un petit "pssht !" ou un "¡no!" bref pour écarter les deux chevaux l'un de l'autre.
Sa monture était un double-poney palomino, récupéré aux écuries du pensionnat. Son cheval n'avait pas pu être ramené ici. Dommage. Il était toujours plus élégant de dire "c'est un pur-sang arabe" que "c'est un poney sang doute de sang mélange, mélange d'haflinger et de je-ne-sais-quoi". Enfin, celui-ci avait beau être de sang mêlé, il restait très agréable dans son caractère, et très confortable. Surtout sans selle.
Sans selle... Pour quelle sorte de sauvageon allait-il passé ? Sans selle, sans chapeau, sans gants. Juste ce grand manteau bordeaux et ce pantalon de monte blanc. Fort heureusement, il avait encore ses bottes. Et son col bien fermé au niveau du cou. Pas défagotté, mais pas tout à fait présentable non plus. Pourquoi n'était-il pas rentré directement en pensionnat, en n'aidant ainsi que le cheval, mais un cheval qui ne lui reprocherait rien.

Enfin, la petite chose recroquevillée qui semblait être la cavalière n'était peut-être pas dans une position qui la laisserait lui faire remarquer sa piètre présentation. A côté d'elle, une dame, inconsciente. Esteban fronça les sourcils. Il pouvait sembler dur, mais en réalité cela voulait dire qu'il s'inquiétait. Accident ? Mauvaise chute ? Ouch... Finalement, il avait bien fait de venir, ce n'était pas qu'un cavalier tombé.

"- Rien de cassé ? Que s'est-il passé ?" demanda-t-il, rauque, grave, sans se rendre compte que son accent espagnol était plus visible qu'un troisième oeil sur le front.
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 11 Sep - 15:47

Accroupie aux côtés de suivante endormie, la jeune fille regrettait amèrement, elle, son insouciance et son manque de clairvoyance. S'endormir au milieu de la forêt, et se réveiller à la nuit tombée ! Mais quelle heure pouvait-il bien être ?!
Katrin rajusta le col de sa cape de velours, pour résister aussi bien au froid qu'à la peur qui l'envahissait, irrésistiblement, annihilant toute réflexion, paralysant son jeune corps, pour la laisser, plantée là, comme une statue de marbre attendant le casseur de pierre.
Les pas angoissants se rapprochaient de plus en plus, et, terrifiée, elle ne se leva plus qu'au dernier instant, corrigeant d'un geste instinctif l'inclinaison de son chapeau et les plis de son amazone gris perle. Qui étais-ce donc, à une heure si tardive ? Un policier, chargé de partir à sa recherche ? Un garde-forestier, venu inspecter les environs, cherchant un cadavre, ayant trouvé un cheval ? Ou encore, bien pis, un voleur, un détrousseur ?! Seigneur !

Sa figure encore enfantine, dissimulée par une voilette, était cernée d'angoisse. Debout, ses yeux fixant l'inconnu - tête nue, habillé comme pour aller à cheval mais crotté, à la lumière de la lune, Katrin ne fut capable que de se reculer, encore et encore, jusqu'au tronc d'une arbre, qui l'arrêta. Des larmes lui vinrent aux yeux. Ce devait être un bandit !
Il fronça les sourcils, dans une moue dure, et elle étouffa un cri. Étais-ce son mystérieux agresseur ? Lentement, elle porta la main à son corsage, où elle sentait le contact du métal froid, rassurant et lourd de sa dague de métal précieux. Du moins ne serait-elle pas molestée sans se défendre vaillamment !

Mais ses propos l'étonnèrent, la stupéfièrent, même. Elle qui s'était tant attendue à de la violence, voir à des propos sadiques et cruels, ne rencontrait que des paroles diligentes, courtoises, inquiètes même.
Avec un soupir entremêlé de soulagement, la princesse se détendit un peu, réussissant même à esquisser un petit sourire, de ses lèvres ourlées de roses nacrées.
D'une voix menue, petite, un peu aiguë, elle lui répondit :


-"Ma suivante n'est pas blessé, Mein Herr. Nous nous sommes reposées, après avoir traversée la forêt, et... je viens seulement de me réveiller. Seriez-vous le garde-chasse ?! Oh, si vous pouviez nous ramener au manoir du pensionnat ! Mais... voilà, je n'ose troubler le repos de ma dame de compagnie. Elle a le sommeil si léger ici, qu'elle est tout le temps fatiguée."

Cet homme avait un accent espagnol qui troublait notre jeune demoiselle ; et perdue dans ses sentiments qui allaient de nouveau de la crainte à l'espoir d'être ramenée en lieu sûr, Katrin parlait très vite, à voix basse, pour ne pas déranger sa compagne toujours endormie - D'ailleurs on se demandait bien par quel miracle. Et ses yeux d'émeraude, cachés par le voile élégant qui descendait de son chapeau, rayonnaient d'attente, comme si son salut dans cet univers que la nuit rendait informe dépendait de l'inconnu.
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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Dim 12 Sep - 21:00

Elle semblait avoir eu peur de lui, avant de découvrir qu'il était un être doué, comme tout le monde, de parole. Cette attitude troubla Esteban, qui se vit hausser un sourcil. Etait-il si effrayant ? Il n'avait pourtant rien fait, et ne se souvenait pas avoir fait quoi que ce soit de menaçant. Peut-être qu'une ombre de la forêt s'était accrochée à son visage...
Non, vraiment, il ne comprenait pas. Garde-chasse ? En avait-il l'air ? La jeune demoiselle délirait, cela ne faisait aucun doute. Les gardes-chasses avaient une tenu particulière, tout de même ! Et... Il n'était pas rendu à leur ressembler ! Si ? Esteban devrait vraiment penser à prendre soin de son apparence, un jour. Car visiblement, même lorsqu'il était censé être seul, il ne l'était pas.

"- Je viens également du pensionnat."

C'était assez sec. Un reproche qui se voulait doux, ou presque. Il était étudiant, comme tout le monde. Et comme tout le monde il lui arrivait de ne pas agir comme il aurait fallu. Mais allait-elle se plaindre de l'avoir trouvé ? Assurément, non.
Mon hispanique jeta un coup d'oeil à la camériste endormie. Cela ne devait pas être facile de toujours avoir quelqu'un à ses côtés. Pourquoi cette jeune demoiselle ne profitait-elle pas du moment présent pour savourer sa liberté ? Entre elle et l'eau du lac, il n'y avait qu'un pas, elle aurait pu jouer comme une enfant avec l'eau sans qu'on la blâme car elle n'en avait plus l'âge. Si Esteban avait été à sa place, il l'aurait fait.

"- Le sommeil léger... C'est vrai que cela ne doit pas être facile, ici. Entre les craquement, les grincements et les pensionnaires... Aucun doute que quelques somnifères n'auraient pas étés de trop."

Esteban-Diego était un des pensionnaires les mieux placés pour savoir les difficultés que l'on pouvait avoir à s'endormir. Lui-même avait dû augmenter sa dose en venant ici, tant le moindre craquement de parquet résonnait. Le vent dehors semblait être différent de celui de la catalogne. Alors il le trouvait anormal, et se tournait, se re-tournait...
Sa main glissa sur l'encolure du double-poney, alors qu'il dévisageait la demoiselle. La ramener au pensionnat... Non. il n'avait pas envie. Mais il ne pouvait le dire comme cela.

") Je vous raccompagnerai volontiers, mais cela impliquerait de réveiller votre...damdecompanie. Personnellement, je ne le ferai pas. Il faut être sans coeur pour réveiller un dormeur quand cela ne presse pas. En revanche, ce que je peux vous proposer, c'est d'attendre avec vous son réveil avant de vous conduire au pensionnat."

Quelque part, il ne mentait pas. Il savait que lui-même haïssait ceux qui le réveillaient. Il ne songea pas que celui de la dame de compagnie (damedecompanie, c'est le mot torturé par son accent) pouvait se faire attendre pendant plus longtemps qu'il ne pouvait l'imaginer.
Non, il ne la réveillerait pas, par pitié, et pour rester un peu plus ici. La bise rafraichissait de plus en plus ses mains et ses joues, mais il ne s'en était pas encore lassé. faute de pouvoir s'enfuir tel un voleur, il allait devoir apprendre à la jeune femme ce que font les jeunes gens dans le dos de leurs aînés...

"- Puis-je vous proposer de re-monter à cheval ?"

....Car ils font des balades, bien sûr. Rien que des balades. A quoi pensiez-vous ?
Plus sérieusement, Esteban n'avait qu'une intention: lui montrer comment profiter de la solitude. Pour pouvoir apprécier un peu la sienne, ou ce qu'il allait en rester, pendnt plus longtemps. A cheval, ils auraient le même niveau, et il n'aurait pas à baisser la tête pour la voir. Et puis, il ne pouvait se permettre de mettre pied à terre, ne sachant remonter sans selle et sans support. Pourtant, l'envie de se baigner, de jouer avec l'eau, était très grande.
Plus tard, peut-être. Si la demoiselle était assez ouverte et tolérante pour jouer avec lui.
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Lun 13 Sep - 20:17

Un pensionnaire. Elle qui l'avait pris pour un garde-chasse ! Enfin, il n'y avait guère que ces gens-là pour se promener seul dans la forêt, de nuit. Un pincement de honte la saisit, à l'idée qu'elle devait bien être la dernière à jeter la pierre à ce malheureux (c'était peut-être beaucoup dire) : après tout, elle était là aussi. Et sa faute à elle était deux fois plus grave : elle était femme, et une créature de sa naissance n'avait pas droit à la faute.

Elle fit un mouvement pour se rapprocher de son interlocuteur. Il avait raison : on ne pouvait troubler le sommeil de sa compagne. Autant s'éloigner pour discuter !
Katrin s'était forgée sa propre opinion sur le sommeil léger de sa dame de compagnie. Elles couchaient dans la même chambre, et l'effet combiné de la promiscuité forcée avec les autres élèves, la peur hypothétique mais pourtant bien réelle de voir entrer divers gêneurs (y compris le monstre qui hantait ses nuits) se combinaient habilement pour leur ôter toute tranquillité. Son médecin avait bien proposé à son amie quelque remède, mais celle-ci avait refusé. Si Katrin n'y avait pas droit - on ne savait pas ce que son bébé pouvait subir (peut-être perdre son âme, vous rendez-vous compte ...?!), alors, elle non plus ! Elle serait solidaire de sa maitresse.

D'un mouvement fluide, la jeune fille opina de la tête, devant son interlocuteur. Avant de se diriger vers sa monture, elle murmura :

- "Oui, vous avez raison, mein Herr."

La réalité, c'est qu'elle était extrêmement mal à l'aise. Jamais, jamais, elle n'avait accompli pareille folie. Et puis, et puis, il ne s'était pas encore présenté ! Son accent et la finesse de son expression dénonçait son origine, mais elle ne serait pas à l'aise tant qu'elle ne serait pas certaine de la personne qui l'accompagnait - c'est à dire pas avant la fin de la nuit, à tout le moins.
Elle se serra dans son manteau, avant de s'emparer des rênes de sa jument. Une très jolie bête, par ailleurs. Elle était très fière de son hongre, à la robe aussi noire et luisante que la nuit ; mais évidemment, ce soir, on ne voyait rien.

Un soupir, quelques pas dans l'herbe, dans un bruissement de soie. La jeune fille s'approcha du lac, entrainant son cheval et probablement l'espagnol à sa suite. Avec un effort certain, elle se hissa sur sa selle de dame, craignant à chaque instant de basculer. Décidément, elle était une cavalière déplorable...


- "Je vous remercie de votre sollicitude, mein Herr. Seules, nous n'aurions jamais osé traverser la forêt de nuit. Si de jour, elle parait accueillante, ma compagne a trop peur de se perdre dès que l'obscurité survient."


Elle se tut un instant, pour reprendre d'un ton grave :
- "Vous parlez très bien allemand, pour un espagnol ! Je vous demande bien pardon de mon indélicatesse, mais c'est vrai que je ne fréquente pas vraiment les garde-chasse. D'ailleurs je ne me suis pas présentée... Je me nomme Brunhild Merringen. Je viens de Prusse."

Et elle avait eu quinze ans trois semaines auparavant. Un élan de fierté lui serra le cœur : mais il ne fallait pas qu'il la prenne pour une enfant. D'ailleurs, quel âge pouvait-il bien avoir ? Elle, elle était femme désormais.... Un petit sentiment de supériorité se développa chez la jeune fille, pour se transformer en une vive satisfaction. Une femme enceinte, pour tout ajouter !
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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Jeu 16 Sep - 22:16

Au départ, Esteban-Diego s'était étonné de la docilité de Katrin. Habituellement, on opposait toujours une résistance à ses propositions. Ses camarades prenaient un malin plaisir à le contre-dire, que ce soit pour le plaisir de faire leurs intéressants et lui voler sa place sans se soucier des sottises qu'ils pouvaient aligner, ou juste pour le taquiner, sans raison aucune, si ce n'est le plaisir de l'embêter et de le voir s'énerver. Car cela ne manquait jamais. Mais Esteban ne partait jamais sans sa fierté: il avait raison. En était sûr. Il était juste incompris.
Son étonnement se dissipa vite. Il avait oublié un détail: ces camarades-là étaient de sexe masculin, jusqu'à preuve du contraire. Jusqu'alors il n'avait croisé que des hommes. Ou du moins, il n'avait discuté qu'avec eux, n'ayant pas le loisir ni l'opportunité d'engager une conversation avec des demoiselles. Mais Katrin lui rappelait à quel point ces dernières étaient parfois plus appréciables que leurs congénères, et savaient parfois se montrer plus raisonnables qu'eux. Esteban-Diego croyait en l'intelligence féminine, envers et contre tous.
Il la regarda monter en selle, faute de pouvoir l'aider, ce qu'il aurait pourtant fait volontiers. En lui accordant qu'il avait raison et acceptant sa proposition, elle était tout de suite entée dans les bonnes grâces de mon hispanique, qui ne les accordait pourtant pas souvent.

"- Peut-être que la perspective de passer une nuit dehors entre les loups et les moustiques vous aurait aidées à retrouver le chemin du pensionnat. Il semblerait que, dans l'urgence, notre mémoire soit plus efficace."

La première phrase, plaisanterie. La seconde, plus sérieuse. Il avait pendant un instant arboré un fin sourire en coin. C'était le sien.
Il parlait bien... "Pour un espagnol" ? Il manqua hausser un sourcil. Cela ne sous-entendait-il pas que les espagnols parlaient moins bien l'allemand que d'autres peuples ? Esteban était fier d'être espagnol, mais encore plus d'être catalan, et il n'appréciait que peu que l'on parle de ses conpatriotes comme des ignares. Néanmoins, la nuit et les circonstances le rendaient plus clément, et il comprit cela comme une maladresse de la jeune fille. A travers son voile, il avait cru voir une demoiselle bien jeune. Il n'aurait osé demander son âge. Quelque part, cela lui était égale, le plus important étant qu'elle soit elle aussi du pensionnat. Future camarade de classe. Elle saurait son nom un jour ou l'autre.

"- Esteban-Diego Vivirando de Lugiar. Je viens de catalogne."

A sa monture il fit faire un élégant demi-tour. Il l'emmena longer le lac. Une sécurité, un repère, et la vue de l'eau qui allait les narguer un moment. Résisterait-il assez pour ne pas succomber à la tentation, bien que cela lui coûte de rentrer à pied ? Il n'en savait rien. Pour le moment, il résistait. Son regard posé sur les oreilles pâles de sa monture, sa main flattant délicatement son encolure. Être à cru lui permettait de mieux sentir la respiration de l'animal, ses muscles, ses os. Il avait moins l'impression de l'exploiter. Et plus celle de tisser un lien.

"- Je ne parlerai à personne de cette petite balade."

Il attendait juste qu'elle réponde que ce serait réciproque. Et n'avait pas envie qu'elle engage la conversation. Le silence pouvait ne pas être pesant... Il espérait qu'elle le devinerait.
Le regard qu'il posa sur les eaux du lac était rempli aussi bien de fascination que d'envie...
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Ven 17 Sep - 18:12

La catalogne. Oui, elle avait pu apercevoir quelques gravures de ce pays si lointain qu'on disait rempli de soleil et de gaieté. Un pays plein d'enchantement, aux ascendances maures ; aux coutumes presque orientales, d'où l'on racontait que leurs femmes, d'une beauté extraordinaire, étaient maintenues enfermées dans des palais aux murs blancs et aux grilles dorées ! Contes et légendes d'un pays qui semblait au bout du monde civilisé, magique comme un récit d'enfant. Il n'en demeurait pas moins que ce noble venu de si loin était comme son frère ! Étant donné l'histoire commune de leur deux pays, elle n'avait sans doute rien à redouter. Et rassurée, son regard erra sur la preste silhouette d'Esteban, constatant avec envie son aisance.

Visiblement, ce jeune homme savait se conduire sur un cheval. Il montait à cru, et sans équipement, il semblait évoluer avec sa monture comme s'il s'agissait d'un prolongement de lui-même, tandis qu'elle-même regrettait de plus en plus fortement que sa duègne ne fut par là pour guider les rênes ! Ce n'était pourtant pas faute d'un amour sincère envers ce sport qui, disait-on, garantissait une santé solide et une bonne respiration ; mais elle n'était malheureusement que très peu douée pour se tenir en selle. Il lui semblait à chaque moment que cette dernière se dérobait sous sa robe, sous le poids de son corps.. sensation des plus désagréables au demeurant.
Agrippée à sa selle, elle accomplit le demi-tour avec très peu de grâce, priant silencieusement le ciel de ne pas la laisser tomber dans l'eau glacée et noire du lac, qu'ils longeaient désormais depuis quelques minutes. Déjà, la craintive jeune femme imaginait toutes les horreurs que pouvait recéler cette masse liquide et grouillante de monstres aquatiques aux apparences de démons, pourtant silencieuse et immobile dans son masque de nuit ! De toute façon, elle était foncièrement incapable de nager, et être condamnée à mourir noyée ne faisait pas partie des projets d'avenir de la dame.
C'était donc avec une méfiance accrue qu'elle évoluait en monture au côté de son présent compagnon espagnol, appréciant avec soulagement la reprise de la conversation, comme un mauvais songe que l'on brise.
Mais notre petite (fausse) bourgeoise ouvrit bientôt de grands yeux. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt !
Le scandale... le scandale, et son mari si jaloux de ses fréquentations, et le monde si avide de ragots, et son enfant, victime de sa légèreté ! D'un ton vif, empressé, qui trahissait une vive agitation, la jeune femme répondit :


-"Oh, oh, mais certainement, n'en parlons à personne ! Je ferai de même... je.. je ne suis pas femme légère, Herr Vivirando, je vous assure. Je n'ai pas l'habitude de me promener ainsi la nuit, et qui plus est avec des messieurs !"

Tout de même, l'indignation s'emparait de notre jeune personne ! Comment pouvait-il insinuer de telles choses ?!

-"Je ne sais pas comment se comporte les jeunes femmes catalanes, mais il est certain qu'ici... les conventions sont des plus strictes. Comme vous devez regretter votre si joli pays ! Le nôtre doit être si froid et si morne en comparaison..."

Maintenant qu'on en était à se promettre de garder le silence sur cette promenade improvisée - qu'elle ne regrettait pas, bien qu'elle n'osât se l'avouer... quelle excitation, de se sentir un peu comme une vraie bourgeoise en goguette - elle pouvait peut-être lui demander une chose qui commençait à la tarauder, mais sans doute se trompait-elle. Dans son pays, il était probablement courant que les jeunes personnes fassent ce qui leur plaise. Aussi rapidement qu'elle était apparue, sa colère s'était éteinte, laissant la place à un sentiment d'abandon. Abandon de quoi, de qui ...? Franchement, elle ne savait pas.

-"Herr Vivirando... Je suis bien curieuse, mais... qu'est-ce qui vous amène ici ? Je veux dire... au bord du lac, en pleine nuit ? Est-ce courant, chez vous, de vaquer où bon vous semble ? C'est... c'est si étrange d'être avec vous dans ces conditions ... je me croirai en plein songe ! "

Propos étonnés et naïvement curieux d'oiseau en cage... d'un oiseau qui ne connaissait pas même les chaines qui le retenaient sur la terre.
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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 18 Sep - 13:33

Brunhild semblait assez maladroite sur sa monture. Tiens ? Elle venait juste d'apprendre l'équitation ? C'était possible. Esteban n'était pas expert en éducation féminine, mais il savait qu'elles étaient beaucoup moins souvent admises et présentées en maîtres dans l'art de l'équitation. Pour mon hispanique, cela n'avait rien d'étonnant ou d'outrageant. Mais l'inverse ne l'aurait pas dérangé non plus. A vrai dire, cela lui était un peu égal. Peu importait le sexe du cavalier: seule sa maitrise comptait.

Mais il était tout de même regrettable que les jeunes femmes soient ainsi éloignées des chevaux. Et dans quel but ? Les femmes avaient donc tant de choses à apprendre ? Les hommes avaient aussi des choses à apprendre, et cela ne les empêchait pas d'apprendre à faire équipe avec un animal. Craignait-on que, par la suite, les femmes en profite pour prendre la poudre d'escampette ? Bah... C'était un peu mesquin... Cela voudrait dire qu'elles avaient envie de s'enfuir, donc que l'on ne s'occupait pas assez bien d'elles.
Esteban ferma un moment les yeux. Juste le temps de jurer qu'il s'occuperait assez bien de sa fille pour pouvoir lui apprendre l'équitation. De toutes façons, sa fille sera la meilleure. Et tous les autres nobles qui feront les fiers avec leurs fils ne pourront que s'incliner devant sa fille. Sa fille... Elle aura assez d'esprit pour faire tout ce dont elle aura envie à tout le monde. Et peu importe son titre, chacun la regardera comme une reine. Sa fille... C'était dans un futur lointain, très lointain.

Tiens, justement, Katrin parla de ses consoeurs.

"- Je devine bien que vous n'êtes pas femme légère... Cela me gênerait que l'on croie cela de vous."

Lui, regretter son pays ? Un peu. Ici, les gens n'étaient pas les mêmes, en effet. Les mêmes conventions, mais à côté, pas la même façon de vivre avec. Ici, sourire semblait être inconvenant. Là-bas, c'était... Même en période de guerre, les gens évitaient d'être froids et distants, entre eux. Mais comment expliquer cela ? Esteban n'eut pas le temps de trouver que déjà la jeune femme avait enchaîné sur autre chose.

"- Heum... Non, en catalogne, ce n'est pas courant non plus. Mais pendant ma petite enfance, on m'autorisait à monter à cheval sans selle, avant de me l'interdire du jour au lendemain. Maintenant que personne n'est là pour me surveiller, j'en profite...
Ici, seul, j'ai la liberté d'aller où je veux, comme je veux, sans avoir à me soucier de ce que l'on en dira. C'est, je crois... Une vision de l'indépendance... Faire ce qui nous plait."


Il se tourna vers elle, avec un petit sourire. Le jour aurait dévoilé ses joues rosies par la gêne. Maintenant, il y avait un regard sur lui.
Là-bas, un caillou. Un gros caillou. Un rocher. Juste gros comme un faut pour servir à... Se mettre en selle ? Mmmh... Alors peut-être Esteban pourrait-il descendre de selle pour quelques temps. Alors qu'il parlait, il descendit de cheval, sans même prendre le temps de l'arrêter, et le mena par les rênes vers ce rocher.
L'indépendance... Il adorait cela. Être seul maitre de ses choix. Que pouvait en penser quelqu'un qui vivait toujours avec une damdecompanie ?
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Lun 20 Sep - 10:09

Sous le couvert de sa voilette, la jeune femme se prenait à sourire légèrement. L'attitude rebelle de l'espagnol, sa propre attitude trop sévère mais dolente au point de se laisser entrainer par le premier inconnu à la poursuite de "l'indépendance"...
Ils étaient tous les deux des enfants encore.

Elle n'avait jamais connu l'indépendance, et savait, avec plus d'acuité que jamais, qu'elle ne connaitrait jamais, qu'elle n'avait aucune chance de vivre ce curieux principe. C'était destiné aux hommes. Elle, elle avait grandi sous la férule, sous la protection de nourrices, de gardes silencieux mais attentifs et pleins d'indulgence aux moindres de ses pas et de ses chutes ; plus tard, de précepteurs et de dames de compagnie beaucoup trop âgées pour elle.
Maintenant, c'était son mari qui l'entourait de soins et d'ordres paternalistes, et la faisait garder par des dames d'honneur qui étaient chargés de faire rapport sur ses activités. Bien que celle-ci lui fut familière pour l'avoir ramené de la principauté de son enfance, Katrin n'avait pas confiance en elle. Pas au point de lui confier cette étrange promenade qui ressemblait à un rêve par son incongruité et son délicieux parfum d'interdit.
Une enfant en cavale, voilà ce qu'elle était !

Mais qu'en était-il des bourgeoises ? Leur réputation devait être d'autant plus précieuse qu'elles n'avaient pas de protecteurs puissants. Ou au contraire, pouvaient-elles se permettre plus de latitudes ?
Bon. On allait supposer qu'elles étaient pareilles ! Après tout, elles étaient des créatures astreintes aux mêmes contraintes que la noblesse, sans en avoir le rang, puisqu'elles aspiraient à un rang plus élevé dans la société - Ou plutôt, leur famille.


-"C'est la première fois que je me retrouve dans une situation pareille. Mais... je dois vous avouer que c'est étrangement délicieux. Ne plus avoir de regard derrière soi. Mais... les conséquences vont être terribles. Elles me font peur. Mon mari... Il est très jaloux."

Katrin ferma les yeux, relevant sa voilette pour mieux sentir le vent sur sa peau nue. Étrange sensation, grisante, si fraiche sur ses joues brûlantes ! D'un mouvement fier mais abandonné, elle offrait enfin son regard à la lune, savourant l'instant présent. Ce qu'elle disait n'avait aucun sens. Comment pourrait-il se mettre en colère, elle qui avait des idées si innocentes ? Ce n'était qu'une ballade autour d'un lac. Elle n'avait même pas touché son compagnon.


-"Je n'avais jamais envié les oiseaux dans le ciel. Comme ils doivent être heureux, dans leur royaume du ciel ! Notre Seigneur les a sûrement créé pour que nous ayons l'idée de nous élever... plus près encore de Lui."

Sa selle commençait à lui faire réellement mal. Par pitié, qu'on l'aide à descendre de cette maudite bête ! Elle allait finir par perdre le contrôle de sa monture. Ses doigts tremblaient de fatigue. Son corps était si peu habituée aux exercices physiques !

-"Mais puisque nous y sommes, vous pourriez me dire ce que nous allons faire ? Si je dois être grondée, autant l'être pour de bonnes raisons. Et puis je n'ai aucune raison de craindre un noble espagnol. Vous êtes un gentilhomme, n'est-ce pas ?"

Un reste de crainte dans sa voix. Elle avait tant besoin d'être rassurée ! Ce qu'elle vivait était inhabituel et enivrant, comme une aventure des romans. Et puis, il pourrait sûrement devenir son ami. Enfin un allié dans son exil, quelle joie en perspective !
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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 25 Sep - 2:18

La jalousie du mari... Une idée qui arracha une grimace méprisante à Esteban qui tourna la tête afin que la demoiselle n'en voie rien. Jaloux... Qu'il aille au diable ! S'il tenait tant à ce que sa femme ne fasse pas de folie, qu'il reste à ses côtés ! Pourquoi la jeter ici, loin de lui ? Elle ne semblait pas le haïr. Etait-elle trop naïve pour s'apercevoir de quelque problème entre eux ? Lui, était-il assez fourbe pour avoir une maitresse et réussir à aveugler Brunhild au point qu'elle ne s'en rende pas compte, le croyant tout dévoué à elle ? On disait souvent que les femmes attendaient le prince charmant. Elle semblait si jeune... Savait-elle à quel point elle était fragile ? A quel point les hommes étaient cruels ?

Elle ne pouvait pas savoir.
Esteban le pensa très fort en se tournant à nouveau vers elle, et voyant son visage sans voilette. Comment pouvait-elle déjà savoir toute la crasse que pouvaient trainer ses congénères ? Naïve. Esteban voyait une fille naïve. Presque une enfant. Et il risquait sans doute de la considérer ainsi un petit moment encore
Il ne songea à aucun moment qu'il pouvait ne pas avoir pensé à quelque chose, ou pire: avoir tort.

Mon hispanique l'entendit parler d'oiseaux. Il chercha une réponse, mais les mots allemands ne lui vinrent pas assez rapidement. En attendant, ils étaient arrivés au niveau du fameux rocher. Esteban allait pouvoir mettre pied à terre. Oui, car s'il l'avait fait sans rocher, il n'aurait pu remonter ensuite. Ici, il était désormais sûr de pouvoir le faire.
Avec aisance, il descendit de sa monture. La selle n'était plus là pour lui tenir chaud. Mais ses jambes étaient libres, bien que soudainement surprises par le poids de leur porteur. Il prit les rênes et se tourna vers Katrin, grave.

"- Ce soir nous avons choisi de vivre, d'avoir à notre tableau de chasse au moins cet instant de témérité. Vous pouvez encore faire demi-tour. Pour la sécurité et l'assurance qu'il ne vous arrivera rien, vous aurez vécu un court moment à mes côtés. Si vous descendez de cheval à présent, vous allez beaucoup plus loin. Les risques augmentent... Qu'en dira-t-on ? Mais vous aurez vécu... D'avoir fait ce que vous voulez. Et si nous nous débrouillons correctement, vous n'aurez pas de conséquences à subir. Nous dirons que vous avez couru vers moi pour demander de l'aide. Peut-être aurez-vous chuté. Nous verrons.
C'est votre choix."


Un sourire au coin des lèvres. Il était le serpent proposant la pomme. Mais la pomme est un fruit plein de vitamines et d'oligo-éléments qui est aussi bon pour la tonicité du corps que pour l'esprit ! Et ils n'étaient plus dans le jardin d'Eden. Qu'avaient-ils à craindre d'une pomme ?
A ses côtés, Esteban lui tendit une main. Pour l'aider à descendre.

"- Faites ce qu'il vous plait."
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Katrin d'Anhalt-Dessau

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Sam 25 Sep - 12:46

Cet homme était vraiment étrange, mais bizarrement, cela ne lui procurait que de la joie. Oui, maintenant elle savait ce qu'elle allait faire : puisqu'il n'y aurait pas de conséquences, on pouvait se laisser... rien qu'une petite fois. Il lui tendait la main, et après son petit discours, comment refuser ? D'ailleurs, elle ne faisait rien de mal.
Avec un sourire rempli de candeur, elle saisit sa main, pour glisser maladroitement de sa selle. Enfin ! Plus de cheval pour le moment !


-"Merci beaucoup, Herr Vivirando."

Ses jambes étaient douloureuses et son souffle très court. Tout semblait si hospitalier, maintenant ! La lune brillait plus fort, les étoiles illuminaient un lac tranquille, amical et qui semblait l'appeler pour qu'elle s'amuse un peu. C'était vrai, après tout ! Elle était dans un pensionnat, pas chez elle. Et personne ne connaissait ses responsabilités. Oui, elle était libre de se comporter comme le désirait !

Oubliant complètement sa monture (elle avait tant l'habitude qu'on s'en occupe à sa place !), Katrin se mit à trottiner vers le bord du lac, puis se retourna vers son compagnon, un sourire angélique dessiné sur son visage joyeux.
De la poésie ! Cette situation lui donnait envie de déclamer des vers. De chanter, de faire mille folies pour exprimer ce qu'elle ressentait... en un instant, son enfance reprenait le dessus, loin du regard de sa duègne et des personnes qui n'avaient de cesse de la juger.
Elle avait mordu la pomme et l'avait presque entièrement mangé ! Elle ferait pénitence le lendemain, mais pour lors, son aventure la passionnait. Qu'allait-on faire maintenant ? Peut-être ... visiter la forêt... ou.. une promenade en barque ! Bon, le problème, c'est qu'il fallait en trouver une. Oh ! Elle avait besoin d'action. Son cœur battait si fort ! Bientôt, il allait exploser. Tout était merveilleux !


- "Maintenant que nous sommes ici, je peux en effet supposer que je peux... que nous pouvons faire ce qu'il nous plait. Vous... savez qu'il parait que dans la forêt, il y a des dryades ? Elles ne sortent que la nuit. Je ne sais pas si vous y croyez.. Enfin... j'ai lu ça dans des livres. Est-ce que vous désireriez aller voir ? Enfin ! C'est ... c'est peut-être idiot... Sinon, on pourrait essayer de trouver une barque.. d'aller sur le lac ! Vous savez. Etre en communion avec la nature, la connaitre mieux..."

Elle fixait un regard passionné sur son interlocuteur, avant de pouffer doucement, les yeux baissés, les joues rouges. Il était plus âgé qu'elle, et maintenant, la jeune fille avait confiance en lui. Esteban devait être si sage ! Sans doute allait-il la prendre pour une enfant. Mais c'était bien de sa faute ! Après tout, il l'avait poussé dans ce sens. Na !
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Esteban-Diego Vivirando

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MessageSujet: Re: Comme des Héros   Dim 3 Oct - 1:15

Quel changement soudain ! De petite fille réticente, elle était passée à petite fille enjouée, amusée. Une enfant qu'il s'apprêtait à voir sautiller, tournoyer, comme revenue à ses six ans.
Esteban se figea un moment, en regardant vaguement la jeune Brunhild. Ce visage, son sourire... Maintenant qu'il la voyait, enfant elle lui en rappelait une autre. Une amie. Tendre amie. Quelques souvenirs revinrent. Depuis toutes ces années, ils étaient toujours aussi violents, même si mon hispanique avait cherché à les oublier. Le voilà qui se mordait les lèvres, son coeur envahi par une mélancolie qui ne lui était pas commune. Du moins, jamais sous cette forme. Habituellement, ce sentiment le rendait d'une humeur détestable, qui l'amenait à repousser quiconque s'approchait de lui, et le faisait chercher la solitude. Mais là, il était déjà seul. Seul avec une enfant qui lui en rappelait une autre.

Ses yeux se rivèrent sur le sol et l'herbe qui ondulait langoureusement à ses pieds. Non. Mais elle était gênante. Maintenant, ses émotions ne pouvaient plus être exprimées. Là, il tentait en vain de se cacher derrière ses cheveux. Il allait briser la joue de Brunhild s'il continuait. De quo parlait-elle ? Il l'entendait sans comprendre. Il ne faisait pas l'effort de comprendre. Il attacha les deux chevaux ensemble et les laissa manger sagement.
Lui, il allait... il allait... Faire semblant d'être heureux ? Il allait avoir du mal. Bon, tant pis, il jouerait les troubles-fêtes, ça serait tout.

Sans un mot, il passa à côté de Brunhild et s'agenouilla, juste au bord de l'eau. Ses doigts ridèrent la surface, et il regarda l'onde s'enfuir. Il regarda le reflet de la lune sur l'onde. Il tenta d'établir tout juste le contact avec l'eau, pour en sentir la fraicheur sans la déformer. Est-ce qu'en même temps il pourrait sentir les milliers de mètres cubes d'eau sous ses doigts ? Ou du moins les imaginer ? C'était un autre vide. Plus petit que celui du ciel. Tout aussi attrayant. Mais celui-là était à portée de main. Un geste, et il plongerait dans le lac. Il pourrait même choisir d'aller vers le fond... Jusqu'à ne plus pouvoir, et demeurer un corps balloté par les flots, sans volonté, comme une poupée de chiffon..

Devait-il signaler à Brunhild qu'il n'avait pas compris ce qu'elle avait dit ? Non. Tant pis. Il passerait pour un associable, un ignare, un... Mais il ne voulait pas faire l'effort. Pas le coeur à parler. Qu'elle comprenne ou non lui importait peu. Elle attendrait qu'il se ressaisisse.
Là, il était seul. Seul comme il l'était depuis toutes ces années. Seul, et mélancolique réfoulé. Il n'arrivait pas à penser à autre chose.
Il caressait l'eau comme une douce amante.

[...Plus jamais autant d'attente.]
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